Concert à la Philharmonie

28 06 2008

C’était hier, déjà, enfin, le grand soir, le concert dans la grande salle de la Philharmonie de Berlin. Sur la même scène qui a vu passer tant de légendes de la musique du second vingtième siècle… Etrange comme le label “concert à la Philharmonie” éclipse toute possibilité de récit ; que raconter ? pas d’anecdotes, aspirée par le rythme de la partition, des fautes certes, cela restait une prestation d’amateurs (en dehors des solistes et du chef), mais que dire ? Le temps suspendu dès la montée sur scène, l’entrée dans un monde régi par la seule baguette du Chef, et lors du premier mouvement la sensation aiguë de chaque note, travaillée, portée à la lumière, dilation de chaque seconde, comme si jamais cela ne finirait. Puis glissement des mesures, pages tournées, la dernière presque achevée, le choeur se tait, la musique s’éteint dans l’égrènement de la harpe, c’est l’heure qui revient du monde humain, des applaudissements, des bouquets de fleurs, des allées et venues de Manfred, notre dirigeant, entre les coulisses et la scène.

Les femmes se changent, les intruments se rangent, on va saluer les amis présents. Une soirée est prévue pour prolonger la soirée, dans une curieuse salle de bal pas bien loin de chez moi (Clärchens Ballhaus) ; le rez-de-chaussée est occupé par une piste de danse entourée de table comme dans une milonga ; à l’étage, la salle qui nous était réservée (au sens large, les amis étaient les bienvenus) avait bien plus de caractère : plafond taché par l’humidité d’une hauteur vertigineuse dont la partie supérieure était occupée par de vastes miroirs, sales, brisés par des éclats de balle (restes de la guerre ?), lustres à chandelles pour seule lumière, l’ensemble dégageait une beauté vieillie, décadente et grandiose, accentuée encore par les costumes noirs lacéré par le blanc des chemises dont les hommes du choeur et de l’orchestre ne se sont pas dévêtus, les noeuds papillons restés noués au cou de certains, les étuis des instruments le long des murs.





Photos du week-end dernier

28 06 2008

Une amie du choeur a pris quelques photos (certes en vitesse) lors des répétitions du week-end dernier.

Altos et violoncelles de l’orchestre, dirigeant (Manfred), soliste soprano, la moitié des choristes, Per un ami norvégien qui joue du violon, les dernières minutes avant le concert à l’église de Beelitz (pris depuis le clocher).





Un week-end en chantant

23 06 2008

Dernier week-end avant le concert dans la grande salle de la Philharmonie : orchestre et choeur se sont retrouvés dans un ancien camp de vacances pour petits pionniers de la DDR (RDA), à l’ambiance un peu scout (enfin, telle que je me figure un camp de scout parce qu’en fait, je sais pas à quoi ça ressemble). Huit heures de répétition avec l’orchestre le samedi entrecoupées par les repas (on nous a littéralement gavés), deux heures le dimanche matin avant de devoir démonter tout le matériel (bancs pour le choeur, scène mobile, et surtout, instruments) et de monter dans un bus qui nous emmène à l’autre extrêmité de la banlieue sud de Berlin, à Beelitz. Autant dire qu’un distributeur de pastilles au miel n’aurait pas été de trop !

Le nom de Beelitz vous est peut-être familier, il l’est en tous cas à de nombreux Allemands même si le village ne compte probablement pas plus d’un millier d’âmes : c’est en effet un haut lieu de la production de l’asperge. L’asperge de Beelitz, presque une locution lexicalisée. A tel point qu’on aura croisé sur notre route un musée de l’asperge de Beelitz, ou, plus amusant, une pharmacie nommée “Asparagus Apotheke”. Nous jouions donc dans l’église (photo) de cet endroit plein de charme non loin de Potsdam. L’église était toute petite, la moitié des cordes de l’orchestre a été congédiée pour l’occasion. Le concert s’est relativement bien passé, Stadtpfarrkirche Beelitzquoi qu’il m’ait semblé que les erreurs aient été plus nombreuses qu’en répétition (en même temps, après dix heures de répétition, on a les oreilles un peu brouillées). Plus nous la jouons, plus je l’entends (depuis quelques mois déjà elle passe en boucle sur mon lecteur de musique), plus le Requiem que nous travaillons me plaît. Nous avons la grande chance d’avoir deux excellents solistes et le choeur (et, en particulier les parties de soprano et de ténor) a des lignes belles à pleurer. L’orchestre est lui aussi bien servi, notamment les vents.

J’ai été étonnée par le grand sérieux et calme des musiciens : samedi soir, alors qu’on pouvait s’attendre à une orgie de bières (tout de même, trois cents jeunes à dans un camp éloigné, au bord d’un lac, avec bières format allemand 0,50 L disponibles à un euro, les conditions étaient remplies !), il n’en a rien été ! Une grosse partie des étudiants a joué au foot / supporté les copains les copines, d’autres se sont assis en bord de lac et on discuté à la lumière de bougies (pas de feu de camp !), certains, prévoyants, étaient venus équipés d’antennes et d’ordinateurs pour regarder le match de la soirée (à savoir, Russie-Pays Bas qui m’a valu un message d’Oleg en français dans le texte : “La France est vengée !”). Je me suis un peu promenée dans le domaine du camp, perdu au milieu d’une forêt de pin. Longs arbres élancés, troncs nus la chair à vif, le feuillage perdu au loin dans les hauteurs ; jusqu’à l’horizon les stries oranges de l’écorce pelée rythment le regard. L’odeur sèche des arbres se mêle dans ma mémoire à celle salée de l’océan, tout proche, souvenirs enchevêtrés, image de ce bras de terre où j’ai fait du vélo cet été, entre Atlantique et bassin.





Glace à la crème brûlée

19 06 2008

Je l’ai testée et oublié d’en parler, c’est tout vous dire. Grosse surprise, le parfum “crème brûlée” signifiait dans cette boutique glace à la vanille et… aneth confie. J’aime beaucoup l’aneth en fruit confit. En substitut de crème brûlée… nettement moins. Question d’horizon d’attente aurait dit je ne sais plus qui. Celui-ci aura quoiqu’il en soit été déçu. Voilà qui m’apprendra à dévier du sacro-saint principe : sois un Romain à Rome !





Emerveillement

19 06 2008

Avertissement, la suite risque d’être un peu (voire beaucoup) pédante, ne vous fatiguez pas à lire, c’est juste une bribe d’enthousiasme à l’encontre de la langue russe – quand j’y pense, le procédé est un peu similaire en allemand. Pourquoi est-ce que l’allemand ne m’a jamais émerveillée (à la différence de l’anglais par exemple) ?
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Semaine passée

19 06 2008

Encore une fois ce billet ne sera pas bien long ni développé, un peu fouillis et sans objet précis parce que je ne sais pas trop quoi raconter…

Les jours s’écoulent, et à mesure de leur passage il me semble avoir de moins en moins d’idées pour alimenter ce blog. Lassitude, habitude, le regard émoussé par le quotidien peut-être. Et pourtant les micro-événements ne manquent pas.

Marwil et Victor ne s’entendent pas, les tensions sont de retour. Marwil a fêté hier son anniversaire avec quelques amis autour d’une épaule de porc qu’il a ramenée de son dernier séjour dans le Baden, sa région d’origine (aux confins de l’Allemagne, de la France et de la Suisse). Kartofelsalat (salade de pomme de terre, spécialité régionale du Sud de l’Allemagne) et vins de pays pour accompagner, c’était un beau repas et les amis de Marwil tous très sympathiques. Un éditeur, une photographe / iconographe free-lance pour toute sorte de journaux, un chargé de com pour Sony music. La photographe et l’éditeur ont pris mon email, qui sait, je repasserais peut-être par Berlin plus tôt que prévu ?

Quitte à continuer sur le chapitre ripailles, en début de semaine j’ai enfin mangé le principal de mon colis d’anniversaire, à savoir foie gras et sa confiture d’oignon avec une amie finlandaise, Hannah, dont je me suis assez rapprochée ces derniers temps.

Le week-end je vois parfois une jeune fille au pair russe avec qui j’ai un cours de littérature en commun, Maria. Elle est douce, très posée, toujours prête à m’aider quand j’ai des questions sur le russe ou à parler de sa région natale, aux pieds de l’Oural, et de Saint-Pétersbourg, qu’elle connaît pour y avoir de la famille. C’est une tout autre facette de la Russie qu’elle me décrit bien souvent, au chômage omniprésent, aux salaires misérables, aux problèmes de logement rendant les situations désastreuses au sein des familles ; une Russie où le moindre papier officiel, le moindre diplôme, la moindre inscription en fac et le passage dans la classe supérieure se monnaient, se façon tue mais sue de tous. Je n’avais jamais abordé jusqu’ici le thème de la corruption avec Oleg, il n’a fait que me confirmer les dires de Maria.

Mardi dernier enfin, première répétition du choeur avec l’orchestre symphonique, dans lequel joue un de mes amis Erasmus. Tant de choristes, un orchestre, c’était grandiose. J’ai trouvé l’orchestre très, très bon, le choeur un peu moins, mais mon ami violiniste m’a assuré que le résultat était très propre. Sachant qu’il était assis à deux mètres du chef d’orchestre, je lui fais confiance, il a bien mieux entendu que moi !

Côté culture, rien de bien spécial à signaler. Pas vu de film mais fini la saison 4 de The Wire (acide, très acide… La Ville broie tout, ambitions, destins, enfants, espoirs dans une grande danse infernale dont elle semble seule détenir la clé). Des lectures tournées vers les auteurs contemporains français, des noms qui m’étaient familiers mais que je n’avais jamais eu la curiosité de lire : Beigbeder, Echenoz, Darrieussecq. J’ai redécouvert Les Particules élementaires, vraiment intéressant, j’étais totalement passée à côté lors de ma première lecture. D’Echenoz j’ai lu Les Grandes blondes, plaisant sans plus. Le 99 Francs s’est révélé amusant, d’une efficace directe. On n’en attend peut-être pas moins d’un publicitaire ; formules choc et   raccourcis percutants (ou agaçants…), pour un livre pas aussi superficiel qu’il n’en a l’air. Quant à Darrieussecq, pour le moment je n’accroche pas trop. Ça se laisse lire et ça s’oublie aussi vite. Un peu gadget, quoi.





Âme allemande

10 06 2008

Dimanche soir, j’ai été pour la première fois (il n’est jamais trop tard !) à la Philharmonie de Berlin, voir la quatrième ou cinquième partie d’un programme intitulé “Deutsche Seele”, l’âme allemande. Deux pièces ont été jouées : une symphonie de Mozart et le Te Deum de Walter Braunfels. Autant la symphonie de Mozart était toute de brillant et d’éclat (celui des conversations, des bavardages incessants d’un rang de l’orchestre à l’autre comme le soulignait David), autant le Te Deum s’est révélé fort sombre et tortueux. Orchestre gonflé à bloc (trois percussionnistes ! deux harpes ! des cuivres en veux-tu en voilà !), choeur, solistes sopran et ténor, le podium était bien rempli. Les spectateurs semblaient enthousiastes. Pour ma part, j’étais un peu perdue dans cette musique…

Berliner PhilharmonieQuant à la salle de la Philharmonie, c’est une expérience en soi que de s’y asseoir et d’y écouter un concert ! Les loges sont un peu inclinées , ce qui donne dans les premières minutes une curieuse sensation de mal de mer ou tout de moins de déséquilibre, comme si au moindre courant d’air les spectateurs allaient tomber les uns sur les autres à la façon de dominos. Il n’y a pas eu de courant d’air, l’incendie qui a eu lieu sur le toit n’ayant visiblement pas causé de dégâts à la salle de concert proprement dite, et tous les spectateurs sont restés assis comme il se doit.

En sortant, klaxons à tue-tête, cris, drapeaux agités dans les rues par des adolescents tout excités : l’Allemagne vient de remporter son premier match de l’Euro 2008. Depuis une semaine déjà le patriotisme sportif s’exhibait sous la forme de petits fanions clipés aux fenêtres des voitures. Vendredi soir, j’irai voir avec Mehmet le match France-Pays-Bas sur la Potsdamer Platz.





The Wire

7 06 2008

Pas fait grand-chose ces dernières semaines si ce n’est regarder quasiment quotidiennement une série américaine, The Wire. La première saison m’avait enthousiasmée pour sa rigoureuse structure tragique, la seconde s’est révélée plus déroutante, intrigue tentaculaire et fils très enchevêtrés. Après avoir vu la troisième saison, j’ai compris que finalement les procédés importaient peu : ce qui rend la série si incroyablement passionnante c’est sa dimension balzacienne, l’univers développé fabuleusement riche, traversé de drames et d’interrogations, sa galerie de personnages, de figures, son ambition à capter les manifestations d’une époque (l’immédiat après 11-Septembre) dans un espace restreint (la ville de Baltimore aux Etats-Unis) où se jouent les ambitions des uns, les désirs contrariés des autres dans une grande comédie d’où l’homme ne sort pas grandi.

Tout commence à Baltimore, ville rongée par la drogue et le crime. Après une affaire de meurtre à première vue comme une autre, un gigantesque dossier se révèle ; l’organisation des trafiquants, difficultés des policiers à les cerner car les intérêts des uns se heurtent souvent aux consignes de supérieurs. Le deuxième “volume” de la série s’attache au port de Baltimore, autre forme de trafic, autre forme de survie pour des hommes acculés à la misère, abandonnés par le pouvoir politique. Sans surprise c’est aux sphères dirigeantes de la Ville que s’intéresse la saison trois, revenant sur le terrain de la drogue et de l’argent que son trafic génère. Si les trois premiers volumes peuvent être vus comme la Grandeur et décadence d’une famille, que dis-je, d’une dynastie, celle des Barksdale, il serait pourtant trop réducteur de s’en tenir à cela. Au-delà des destins individuels et collectifs, c’est à une véritable réflexion aux aboutissants politiques et sociaux très concrets que nous invitent les auteurs de la série : ébahissante tentative de “compromis de citoyenneté” dans la troisème saison pour tenter de trouver une nouvelle approche entre les rapports police-trafiquants qui rende enfin la Ville à ses habitants (et non aux bandes de gangsters qui la gangrènent) tandis que la saison quatre se penche sur les très jeunes, le moment où l’institution scolaire a chaque jour à combattre contre la tentation de la rue qui guette chacun des enfants. Je ne suis pas encore assez avancée dans cette saison pour pouvoir en parler, mais je suis presque sûre que les scénaristes ne laisseront pas lettre morte quelques projets et idées d’amélioration du système éducatif dans les quartiers difficiles.

The Wire, peut dès lors être presque considéré comme un espace expérimental, un laboratoire social, le lieu d’un vaste jeu entre mesquinerie humaine et quête d’un vivre ensemble. Paradoxalement, c’est aussi je crois un formidable appel à la puissance du politique qui, aussi faible, corrompu et aux intérêts aux liens lâches avec ceux des citoyens, est encore le seul à pouvoir nous sauver.

Aperçu avec le générique de la saison 4





Rattrapage

7 06 2008

L’été venu subitement à Berlin depuis une semaine, ou l’habitude, le regard qui s’émousse, peut-être la nostalgie commençante en ce séjour qui s’achève -toujours est-il que j’ai peu écrit ces dernieres semaines.

Les températures sont élevées, flirtent avec les trente degrés depuis une quinzaine de jours. Le week-end derneir j’ai retrouvé mes amis du cours de langue pour un barbecue dans un parc. Petits soucis à l’allumage du barbecue, le feu ne prenait pas ; finalement après un peu d’attente pour aiguiser les appétits, tout s’est bien passé.

Je passe beaucoup de temps à la bibliothèque de la FU déjà mentionnée dans un billet précédent ; la lumière y est tamisée tout en restant étonnament claire, la climatisation est juste comme il faut et j’avais tort, elle est ouverte le dimanche. Sans compter la collection impressionnante du rayon littérature / pensée française.

Aujourd’hui, petite excursion hors du centre de Berlin, direction plein Est pour me rendre aux rencontres germano-russes (un festival qui a lieu chaque année dans un parc). Le soleil était bien présent, les baraques à saucisses, currywurst et shashlik répandaient dans l’air leur odeur graisseuse, sur les estrades se succédaient tours de chants et morceaux dansés par des associations russo-berlinoises. Pour être honnête, je n’ai rien vu de bien fantastique si ce n’est un groupe de danse sibérienne qui m’a donné des envies dans les jambes de sauter comme eux, de tourner comme eux, avec la même énergie et le même plaisir.

Sur l’Alexanderplatz, de grands chapiteaux blancs ont été dressés. Lorsque je suis passée tout à l’heure, des cavaliers faisaient au pas des figures de dressage dans le manège. Les stands sont siglés office de tourisme des Baléares.

Se promener à Berlin peut mener dans des directions bien imprévues !