C’était hier, déjà, enfin, le grand soir, le concert dans la grande salle de la Philharmonie de Berlin. Sur la même scène qui a vu passer tant de légendes de la musique du second vingtième siècle… Etrange comme le label “concert à la Philharmonie” éclipse toute possibilité de récit ; que raconter ? pas d’anecdotes, aspirée par le rythme de la partition, des fautes certes, cela restait une prestation d’amateurs (en dehors des solistes et du chef), mais que dire ? Le temps suspendu dès la montée sur scène, l’entrée dans un monde régi par la seule baguette du Chef, et lors du premier mouvement la sensation aiguë de chaque note, travaillée, portée à la lumière, dilation de chaque seconde, comme si jamais cela ne finirait. Puis glissement des mesures, pages tournées, la dernière presque achevée, le choeur se tait, la musique s’éteint dans l’égrènement de la harpe, c’est l’heure qui revient du monde humain, des applaudissements, des bouquets de fleurs, des allées et venues de Manfred, notre dirigeant, entre les coulisses et la scène.
Les femmes se changent, les intruments se rangent, on va saluer les amis présents. Une soirée est prévue pour prolonger la soirée, dans une curieuse salle de bal pas bien loin de chez moi (Clärchens Ballhaus) ; le rez-de-chaussée est occupé par une piste de danse entourée de table comme dans une milonga ; à l’étage, la salle qui nous était réservée (au sens large, les amis étaient les bienvenus) avait bien plus de caractère : plafond taché par l’humidité d’une hauteur vertigineuse dont la partie supérieure était occupée par de vastes miroirs, sales, brisés par des éclats de balle (restes de la guerre ?), lustres à chandelles pour seule lumière, l’ensemble dégageait une beauté vieillie, décadente et grandiose, accentuée encore par les costumes noirs lacéré par le blanc des chemises dont les hommes du choeur et de l’orchestre ne se sont pas dévêtus, les noeuds papillons restés noués au cou de certains, les étuis des instruments le long des murs.









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