Pas fait grand-chose ces dernières semaines si ce n’est regarder quasiment quotidiennement une série américaine, The Wire. La première saison m’avait enthousiasmée pour sa rigoureuse structure tragique, la seconde s’est révélée plus déroutante, intrigue tentaculaire et fils très enchevêtrés. Après avoir vu la troisième saison, j’ai compris que finalement les procédés importaient peu : ce qui rend la série si incroyablement passionnante c’est sa dimension balzacienne, l’univers développé fabuleusement riche, traversé de drames et d’interrogations, sa galerie de personnages, de figures, son ambition à capter les manifestations d’une époque (l’immédiat après 11-Septembre) dans un espace restreint (la ville de Baltimore aux Etats-Unis) où se jouent les ambitions des uns, les désirs contrariés des autres dans une grande comédie d’où l’homme ne sort pas grandi.
Tout commence à Baltimore, ville rongée par la drogue et le crime. Après une affaire de meurtre à première vue comme une autre, un gigantesque dossier se révèle ; l’organisation des trafiquants, difficultés des policiers à les cerner car les intérêts des uns se heurtent souvent aux consignes de supérieurs. Le deuxième “volume” de la série s’attache au port de Baltimore, autre forme de trafic, autre forme de survie pour des hommes acculés à la misère, abandonnés par le pouvoir politique. Sans surprise c’est aux sphères dirigeantes de la Ville que s’intéresse la saison trois, revenant sur le terrain de la drogue et de l’argent que son trafic génère. Si les trois premiers volumes peuvent être vus comme la Grandeur et décadence d’une famille, que dis-je, d’une dynastie, celle des Barksdale, il serait pourtant trop réducteur de s’en tenir à cela. Au-delà des destins individuels et collectifs, c’est à une véritable réflexion aux aboutissants politiques et sociaux très concrets que nous invitent les auteurs de la série : ébahissante tentative de “compromis de citoyenneté” dans la troisème saison pour tenter de trouver une nouvelle approche entre les rapports police-trafiquants qui rende enfin la Ville à ses habitants (et non aux bandes de gangsters qui la gangrènent) tandis que la saison quatre se penche sur les très jeunes, le moment où l’institution scolaire a chaque jour à combattre contre la tentation de la rue qui guette chacun des enfants. Je ne suis pas encore assez avancée dans cette saison pour pouvoir en parler, mais je suis presque sûre que les scénaristes ne laisseront pas lettre morte quelques projets et idées d’amélioration du système éducatif dans les quartiers difficiles.
The Wire, peut dès lors être presque considéré comme un espace expérimental, un laboratoire social, le lieu d’un vaste jeu entre mesquinerie humaine et quête d’un vivre ensemble. Paradoxalement, c’est aussi je crois un formidable appel à la puissance du politique qui, aussi faible, corrompu et aux intérêts aux liens lâches avec ceux des citoyens, est encore le seul à pouvoir nous sauver.
Aperçu avec le générique de la saison 4
Commentaires récents