Fin de partie

6 08 2008

Les adieux avec la plupart de mes amis de cette année ont déjà été noués ; il me reste encore quelques jours à passer ici avant de prendre le chemin pour Paris.

Il est souvent dit qu’une année à l’étranger vous transforme, vous change, vous rend différent. Je ne quitterai Berlin ni tout à fait la même, ni tout à faut une autre ; au douze août je serai à nouveau en France. Je n’aurai plus de raison de continuer à alimenter ce blog. Au-delà des rencontres, des découvertes, des lieux et des gens qui se précipitent à la lisière de la mémoire tandis que je tente de conclure, c’est un peu de moi-même que je laisse à Berlin. La ville est grouillante, vivante, insouciante, criblée de dette mais perpétuel théâtre de fête. Mon retour à Paris se fait peut-être synonyme de l’adieu à cet état de jeunesse.

La plupart de ceux qui lisent ce blog le savent déjà : j’ai passé quelques semaines dans la tour de la Charité, le grand hôpital gaîné de publicité qui surplombe la ville, jusqu’à ce qu’on m’implante un boîtier, un pacemaker, pour soutenir un coeur aux battements capricieux. Un boîtier blanc de cinq centimètres sur cinq et d’une épaisseur d’un centimètre s’est posé sur ma poitrine. Je le sens sous mes doigts, petite coque dure. Deux électrodes le relient à mon coeur. Il s’appelle EnRhythm(r) P1501DR, SN PNP624934S DDDRP. Lorsque mon coeur ne bat pas ou trop peu, il prend le relais. Une béquille, un assistant, disent-ils, une assurance, une sécurité.

Je ne l’accepte pas encore très bien. Il faudra les visites régulières, les opérations pour l’entretien ou le changement de l’objet. Je ne me sens pas malade, je ne me veux pas malade, mais je passe ma main sur mon buste et il est là, il me rappelle que si rien ne sera tout à fait différent les choses ne seront plus tout à fait comme avant. Je quitte Berlin et déjà à Paris un cardiologue m’attendra. Mon coeur aux filaments de silice prend une forme d’indépendance, mon corps me devient étranger. Il lui faut l’intervention d’une machine pour continuer à assurer ses fonctions. Une ombre aux angles durs s’est glissée en moi, silencieuse et froide.

Le rideau se ferme, la page se tourne, le blog se tait.

La partie est finie.


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Une réponse

6 08 2008
Didier

Le blog se tait peut-être, mais sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, je crois que tu te trompes concernant la partie. La partie commence.

Elle ne fait que commencer.

Bon voyage

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