Il y a quelques jours, on m’a proposé de d’avoir un petit boulot dans une bibliothèque que je fréquente régulièrement. Ce matin, toute pimpante avec mon dossier de candidature, j’ai appris que la place avait déjà été pourvue… Ça m’apprendra à manquer de “réactivité” comme on dit…
La coloc est un peu tendue en ce moment, Marwil et Stefania passent une heure par jour à se crier dessus, j’appréhende un peu à l’idée de rester demain toute la journée entre eux deux à la maison. Le temps ne se prête pas à travailler dehors (trop frais), les biblis / facs seront fermées.
Je me suis remise à faire de la flûte, ça faisait bien longtemps… Pour jouer mes parties de chant d’abord – quel traître ce Brahms, il module à tour de bras et du coup je suis toujours en faute quelque part – et puis finalement juste par plaisir, essayant de me rappeler des sonates d’autrefois.
Comme pour les lectures, reprendre des choses déjà lues et qui m’avaient marquées. Pour la fac il me faut me pencher sur La Nausée et sur Le Maître et Marguerite (Bulgakov). En ce qui concerne La Nausée, plus j’avance et plus se superpose à ma lecture d’aujourd’hui celle d’il y a quelques années, je me souviens de passages que j’avaient soulignés, certaines phrases qui s’étaient imprimées dans un coin de mémoire. Mes premiers élans me semblent souvent bien ineptes, et je prends un peu plus à chaque page conscience de ce que j’ai manqué lors de ma première lecture. Enthousiasme oublié face à ce livre qui rendait imprimé ce qui me tracassait de façon plus ou moins claire au moment où je l’ai lu, comme d’une rencontre, d’une vibration, d’une complicité. Je relis et me souviens de ce qui m’avait étonnée, touchée, ce en quoi je me reconnaissais, je me revois à la troisième personne, assise sur un petit lit, à Barnstaple, à lire La Nausée parce qu’une fois après avoir dîné et m’être lavée je ne savais jamais quoi trop faire.
Pour Le Maître et Marguerite, il n’était pas même question d’une lecture manquée ; je suis complètment passée à côté, je ne l’ai pas compris. Je redécouvre ce roman avec une fascination admirative et un plaisir intact. Sans parasites existentiels. (?)
Tant que j’y suis, quelques mots sur les cours que je suis. Du russe presque tous les jours, pour la communication surtout car les points de grammaire n’ont pour le moment rien introduit de nouveau. Mais il est important d’avoir des bases solides et comme j’ai l’opportunité de faire beaucoup d’oral (ce qui, en France, me semble nettement moins évident…), j’en profite. Un séminaire sur la figure du diable en littérature à travers trois exemples nationaux : littérature germanique (Goethe), soviétique (Bulgakov) et américain (Norman Mailer). Un autre porte sur La Nausée. Un cours sur la beauté dans la littérature française contemporaine, l’occasion de voir comme l’université allemande est beaucoup moins enfermée dans un canon. qui imaginerait un cours magistral mêlant Beigbeder, Nothomb, Darrieussecq ou Virginie Despentes à Paris ? Je ne dis pas que c’est mieux. Peut-être une bouffée d’air frais et l’occasion pour moi de quitter mes préjugés sur des auteurs pour lesquels je n’ai, a priori, pas grande estime. A tort, probablement. Ce qui m’embêterait plus, c’est que le cours ne s’intéresse qu’à des aspects anthropologiques / sociologiques dans les oeuvres concernées, sans les “lire” véritablement. Ah, on aura beau dire, les études sont vraiment un moment où se forment nos inclinations et nos rejets,nos habitudes et de bien nombreux critères… Quoi que je fasse Fénelon revient d’une façon ou d’une autre. C’est parfois bien inquiétant, comme une rigidité en soi que l’on combat difficilement. Et pourtant, que de fois j’ai eu des mouvements de hauteur, de rage lors de ces cours si différents de ceux qu’on connaît en France, les qualifiant intérieurement de superficiels, inutiles, bavards et sans intérêt. Je m’éloigne.
Un cours formidable à signaler, sur l’énumération en littérature. Ça peut paraître très rébarbatif (et de fait c’est un cours magistral à quinze étudiants…) mais en réalité la prof est tout simplement passionnante. D’une culture immense et toujours en interrogation. Avec toujours la démarche du texte en avant, la critique restant en arrière-plan, éclairant parfois les écrits, mais toujours subordonnée, toujours secondaire, elle n’est pas l’objet de la réflexion, enfin ! Que c’est rafraîchissant.



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